Invictus Maneo
L’Appel
Ô Shïtõ, prince altier, quel silence t’appelle ?
Quel manoir meurtrier, loin des hommes, te scelle ?
Depuis que l’Être pur s’est retiré des cimes,
Un mensonge obscur refleurit sur les abîmes.
Les Doux-Leurres dorés, revenus sans mémoire,
Aux seuils déshonorés travestissent ta gloire.
Les triomphes glacés ne portent plus d’ivresse,
Les lauriers effacés ont perdu leur noblesse.
Les hommages mondains, sous des pourpres fragiles,
Les regards souverains se font presque serviles.
La couronne sans voix n’éveille aucun royaume,
Et la gloire sans loi n’est qu’un spectre sans heaume.
Le Marcheur parmi les morts
Où s’avance l’errant, dont le front fut empire ?
Ce marcheur conquérant, que nul gouffre n’inspire ?
Il traversait les morts, sans frisson ni faiblesse,
Comme un duc hors des ports, drapé dans sa noblesse.
Le trépas sous ses pas retenait ses prières,
Mais jamais ses appâts n’ont terni ses lumières.
L’abîme autour du seuil déployait ses morsures,
La nuit, comme un cercueil, ranimait ses blessures.
Les spectres par milliers l’assaillaient de murmures,
Les regrets réveillés lui rouvraient des coupures.
Pourtant son œil royal, plus calme que les idoles,
Gardait l’éclat fatal qui fait ployer les pôles.
On l’a jeté dehors, aux rires de la foule,
Mais son antique or survécut à la houle.
Humilié sans plainte, offensé sans pâlir,
Il garda, dans l’étreinte, le refus de fléchir.
Proscrit parmi la cendre, sans escorte et sans armes,
Il ne voulut descendre, ni marchander ses larmes.
Il connut cent destins, sous des soleils contraires,
Il porta leurs venins, sous des astres sévères.
Les gouffres enjôleurs, aux voix lentes et fines,
Lui servaient leurs douceurs dans des coupes assassines.
Chaque revers discret, sous sa chair endurcie,
Changeait l’affront secret en marche vers la vie.
La Tentation
Les faux dieux, sur leurs trônes, lui montraient leurs mirages,
Leurs sceptres, leurs couronnes, leurs splendides naufrages.
Le diable, en fin velours, lui parlait comme un sage :
« Confie-nous tes beaux jours, nous sauverons ton âge.
Abaisse un peu ton feu, nous ferons ton histoire ;
Incline ton nom aux cieux, nous sacrerons ta gloire. »
Mais son âme, en silence, demeurait citadelle,
Sa froide résistance rendait la ruse frêle.
Leurs empires vantés, leurs promesses d’opale,
Devant sa dignité perdaient leur voix royale.
Car son cœur était loi, son orgueil, diadème,
Et l’enfer, devant roi, démasquait son blasphème.
Le Retour du souverain
Ni les temples dressés, ni les bouches damnées,
Ni les siècles glacés, ni les fautes données,
N’ont pu ravir son rang, sa hauteur souveraine,
Ni salir dans son sang sa noblesse ancienne.
Il marchait sans secours, d’une allure véritable,
Plus vaste que les jours, plus droit que l’inévitable.
Reviens, astre sévère, hors de la nuit profonde,
Que ton orgueil de fer fasse reculer l’immonde.
Que les cieux se souviennent, au rythme de tes pas,
Que les ombres deviennent poussière sous tes lois.
Celui que l’on brise, s’il conserve sa hauteur,
Revient d’une âme exquise, et règne par l’honneur.
Ton nom n’est point ruine, mais sceau de dignité,
Ta peine, en discipline, couronne l’éternité.
Va, Guerrier sans courbure, héritier des orages,
Ta blessure est armure, ton silence est présage.
Quand croulent les empires, les autels et les terres,
Tu restes, sous les tirs, le seigneur de tes guerres.


