Accomplissement par effacement.
Citation
« Je deviens silence, je deviens Présence »
Note
Le langage se retire. Le recueil s’achève sans conclusion, dans l’état.
Ô toi, souffle caché sous le dais des étoiles
Voix première qui féconde et qui dévoile
J’erre au seuil du Rien, couronné d’éclairs
Moissonnant dans l’ombre l’éther des mystères
Ô toi, qui marches aux confins du visible
Là où le souffle devient indicible
Entends le chant que nul ne profane
Car il s’élève des cendres d’Hécatane
Les astres, las de leur ronde servile
Ont suspendu leur lueur immobile
Le temps s’incline, l’espace se plie
Et l’être s’ouvre à l’ombre infinie
Mes pas ne touchent plus la trame des mondes
Car mon âme s’élance en sphères profondes
Les astres, muets, s’inclinent à ma ferveur
Et la nuit s’ouvre, docile, à ma lueur
Je suis l’éclat dans l’œil du cyclone
L’épine d’or sur la couronne
Je ne suis point né d’argile ou de sang
Mais d’un serment scellé hors du temps
J’ai rompu le joug de la matière basse
J’ai bu le feu pur dont l’origine embrasse
L’être en moi s’efface et renaît flambeau
Sceau d’un dieu ancien, murmure du Chaos
Dans l’abîme où s’endort la pensée des âges
Je perçois la clarté des suprêmes images
L’ombre m’a livré son cœur sans contour
Et j’y lis le secret de l’éternel retour
Les dieux muets, dans leur silence auguste
Ont murmuré mon nom en langue juste
Et moi, porteur de l’énigme suprême
Je foule le seuil où l’abîme sème
Ni chair, ni nom, ni forme ne subsistent
Je deviens le vent des sphères qui insistent
Le chant primordial, la loi souveraine
L’alpha consumé dans sa propre haleine
Ni chair, ni souffle, ni pensée commune
Mais une flamme que nul ne consume
Je suis l’ascension, le cri sans écho
Le verbe ancien gravé dans le chaos
Les rimes s’enchaînent comme chaînes d’ivoire
Reliant l’ombre aux piliers de mémoire
Et dans ce chant, que nul ne devine
S’élève l’âme, transcendante, divine
Ô Transcendance ! Temple de l’invisible,
Ton seuil est vertige et ton feu indicible
Tu dresses au zénith mes ruines d’ivoire
Et fais de mon néant la semence de gloire
Je me tiens, seul, dans la pure étendue
Où le Verbe éclot, où tout est perdu
Et là, sans prière, sans cri, sans essence
Je deviens silence, je deviens Présence