Éthique déclarée.
Citation
« Je réclame seulement le droit de demeurer moi-même »
Note
Ici, la souveraineté n’est pas mystique mais morale. La fidélité devient royaume.
Après que la Daronne m’eut appris l’art de sonder la matière
J’ai compris très tôt quels êtres méritaient un pas sur ma lumière
Entre traîtres emperlés et compagnons de poussière,
J’ai tenu ma bonté comme une arme, une torche, une prière
La fierté, plusieurs fois, s’est hissée comme un dragon d’acier
Mais n’a jamais su abattre le calme où repose ma vérité
Et si mes Mõs semblent des runes d’un autre empire
Je les brûle dans l’air, clairs comme la braise d’un souvenir
Elle me dit jadis : « Ne troque pas ton âme contre leurs festins dorés
Le pain discret d’un juste vaut plus que mille royaumes dévorés. »
Alors j’ai gravé la droiture dans la pierre de ma mémoire
Choisissant l’ombre droite au lieu des trônes sans gloire
J’ai vu des mains bénir en sculptant des poignards d’ambroisie
Des sourires fulgurants cacher des abîmes sans vie
Sous les ciels de cristal, les serments deviennent cendres
Et les masques de velours cessent tôt ou tard de prétendre
Qu’ils drapent leurs vices de soie, de velours ou d’emblèmes
Leurs fastes sont des mirages où le vide se promène
Moi, je préfère un cercle rare, taillé dans l’os
Plutôt qu’un sénat de courtisans aux éloges fardés, moribonds et faux
Je marche avec ma mère comme une voix gravée dans mon crâne
Un sceptre invisible régnant sur mon âme profane
Quand le doute — soldat d’ombre — assiège mes fondements,
Je revois son regard, plus tranchant qu’un jugement
Si mes mots portent le fer, c’est qu’ils viennent du fond des blessures
Forés dans la lave vive que la douleur murmure
Je ne quête ni trône, ni couronne, ni diadème
Je réclame seulement le droit de demeurer moi-même
Qu’on me juge superbe, insolent, trop altier
Qu’on moque ma droiture dans des palais altérés
Mais qu’un jour, lorsque mes vers toucheront quelque âme isolée
Elle puisse dire : « Il fut sobre en apparat… mais impérial en dignité. »
Ainsi, lorsque l’aube pèsera la somme de mes vérités
Et que les ombres liront la trace de mes fidélités
Qu’on dise — loin du vacarme et des palais renversés —
Qu’il marcha sans pactes brisés, sans baisers travestis, sans voies maquillées
Car l’Homme n’a pour royaume que ce qu’il refuse de trahir
Sa parole comme bannière, son Mõs comme empire à bâtir
Et si mon pas fut rude, mon honneur demeura entier
Qu’on sache que j’ai vécu pauvre en monde… mais souverain en éternité