Sand

Lettre de lucidité — quand le rire sert de masque, et que le chagrin exige enfin sa vérité.

« Je veux cesser de Rêver, de m’esclaffer à ricaner pour cacher le chagrin… »

Sand est une lettre d’ombre maîtrisée.
Ici, l’âme ne cherche pas à briller : elle cherche à tenir.
Le narrateur retire les ornements, garde la gravité,
et laisse parler ce qui reste quand tout le reste s’effondre.

Ce texte ne supplie pas.
Il résiste.

Cela me devient insupportable. Depuis une éternité, chaque jour je me dis : aujourd’hui je lui dirai tout, et je repars dans la nuit étreint par cette même nostalgie, ce repentir, cette peur et ce bonheur dans mon âme. Chaque nuit, comme maintenant, je passe en revue le passé, je suis tourmenté, j’ai le cœur enflammé de glace et je songe : pourquoi ne lui ai-je pas dit, que lui aurais-je dit, et comment ? J’emporte cette lettre dans mes pensées pour te la donner, s’il ne m’est pas possible ou si je n’ai pas ma force d’âme de tout te dire, Que j’aille très loin, en train, en avion, sous la mer, par la terre, j’ai l’impression que jamais je ne pourrai arriver jusqu’à toi, puisque la distance qu’il y a entre nous n’a d’égal que la peine que mon coeur qui submerge de ton absence

Sany, sany, ma poupée, ma puce, fais sonner les grandes cloches parce que je ne peux pas respirer. J’ai grossi en attendant la houle qui va te ramener. Je tombe avec les feuilles, avec la pluie, avec mes passions de fête, continuellement je tombe les secondes qui s’envolent sans la poussière du temps. Je ne peux pas marcher à force d’attendre le moment où je reverrai tes yeux, ronds comme des fleurs, brillantes comme les étoiles et claires telles une pleine lune.

e désire te parler sans ordre du jour, sans prétexte, sans rien de préconçu. Être là, en face ou près de toi, faire-jaillir les mots-caresses, les mots porteurs d’offrande, invoquer, évoquer tout ce qui nous concerne, continents, humains, forêts en marche, arbres de notre tendresse. Écouter avec toi le silence où germent immédiatement nos mots, où prennent racine nos visions. Écrire comme ce fourmillement de la sève en chacun de nous lorsqu’il devient intenable de ne pas s’abandonner à l’autre, le rejoindre dans son intensité, l’élargir à ses propres confins. Écrire comme un acte d’ensemencement, lorsque terre et soleil se dépassent en tant qu’éléments pour éclater et s’unir dans l’apothéose de la vie féconde. Écrire comme une résurrection du corps et de l’intelligence, je t’écris aujourd’hui, poussé par un besoin sentimental, un désir aigu et douloureux de te parler. Comme on peut le déduire facilement, je n’ai rien à te dire. Seulement ceci que je me trouve aujourd’hui au fond d’une dépression sans fond. L’absurdité de l’expression parlera pour moi. Ne compte plus me trouver sain d’esprit. Finissons-en avec la raison. Penses-tu capable de comprendre mes maux ? Je te vois, tout près de moi, mes yeux hypnotisés et plongés dans ton regard, ma main innocente caressant tes cheveux pianissimo, mes lèvres chaudes comme la braise cherchant les tiennes pour venir s’écraser affectueusement et quelques instants plus tard elles déposent des doux baisers frileux sur ta peau…