Épreuve épique.
Citation
« Je suis le seuil, le sillon, la fracture loyale »
Note
Le poème assume l’ampleur. Il refuse le manichéisme et choisit la tension.
Quand les voûtes de l’Ancien Firmament se brisèrent en éclats de ténèbres,
Je naquis dans une fracture de lumière, un souffle errant entre deux ordres.
Les astres hurlaient, déchirés par des forces qu’aucune mortelle lèvre
N’avait nommées, tandis que les cavaliers d’ombre franchissaient les portes.
Terre et ciel s’écroulaient comme un empire d’ossements,
La poussière du cosmos saignait des torrents de vérité.
Mais je marchais, indomptable, soulevé par un serment,
Comme un glaive qui refuse la chute, la fuite, la vanité.
Des cohortes de flammes noires jaillirent des tranchées stellaires,
Leurs lances crépitaient d’éclairs nés de la douleur éternelle.
Chaque pas qu’elles faisaient consumait une galaxie entière,
Et leurs cris bousculaient les anges aux armures intemporelles.
Le soleil lui-même se changea en monolithe guerrier,
Sa couronne en anneau de fer incandescent.
Le sacré et l’infernal se mêlèrent dans un même foyer,
Une forge où se règlent les sorts, où se tordent les serments.
Alors apparurent les Juges de l’Aether et du Néant primordial,
Des entités sans visage, portant des sceptres de silence.
Ils me scrutèrent comme on jauge un métal royal,
Pesant ma volonté contre des mondes en balance.
« Voyageur, » dirent-ils, « tu portes deux flammes :
L’ombre qui dévore, la clarté qui élève.
Déclare à quel royaume tu lies ton âme,
Ou porte la double morsure que nul esprit ne relève. »
Je répondis :
« Ni l’ombre seule ni la lumière totale.
Je suis le seuil, le sillon, la fracture loyale. »
Propulsé dans la spirale où les trônes tremblent,
Je traversai les cathédrales du ciel et les fosses infernales.
Chaque mur portait une prophétie que l’univers assemble,
Chaque vent portait la mémoire d’une guerre ancestrale.
Les archanges aiguisèrent leurs lames de cristal brûlant,
Les souverains du gouffre brandirent leurs hallebardes de cendre.
Mais je n’offris ni génuflexion ni cri tremblant :
Le cœur forgé dans la braise ne sait ni fuir ni se rendre.
Je ressentis en moi deux Feux, rivaux et fraternels :
L’un rugissait comme un Titan affamé d’univers,
L’autre brillait comme un psaume gravé dans l’éternel,
Deux voix contraires inscrivant un même fer.
Le chaos me criait : « Détruis ! Répands la fin ! »
Les hauteurs murmuraient : « Élève-toi, traverse le destin. »
J’ai choisi la voie du milieu, celle qu’aucun roi ne voit,
Où la destruction devient Graal et la lumière devient loi.
Je marchai jusqu’au bord où les ères se décomposent,
Où les siècles tombent comme des pétales brûlants.
Là, l’univers menace, gronde, propose
Des pactes que signent souvent les mourants.
Mais ma parole ne fléchit jamais,
Mon pas reste entier, vigilant, aiguisé.
Car la dignité ne dépend ni d’un trône ni d’un faisceau parfait :
Elle réside dans ce feu que rien ne peut acheter.
Quand les Soleils effondrés dresseront l’épitaphe de mes vérités,
Et que l’Abîme courroucé réclamera mes antiques loyautés,
Je fendray la Fin elle-même, armé d’Aube et de Férocité,
Car nulle Nuit, nul Empire, n’abat l’âme qu’un Double-Feu a sanctifiée