Entre le Rêve et la Mort

Texte de seuil. Indécision fondatrice.

Citation

« Est-ce la Mort qui rêve à travers mon absence
Ou le Rêve qui meurt dans sa propre errance ?
»

Note
Ici, rien n’est tranché. Le texte installe l’instabilité comme condition première. Le recueil commence sans sol ferme.

Je flotte entre deux souffles, sans port ni mémoire,

Où le temps se dissout comme un cri dans le noir.

Le néant me berce, et sa voix me répond :

« Est-ce toi qui t’éteins, ou le monde qui fond ? »

Sous mes paupières closes, l’infini se propage

Une mer sans rivage, un ciel sans mirage

Chaque pensée se meurt comme un astre noyé

Et mon âme s’endort dans son propre oublié

Est-ce la Mort qui rêve à travers mon absence

Ou le Rêve qui meurt dans sa propre errance ?

Je sens la lumière fuir sous mes os glacés

Comme un souffle divin qui s’est fatigué

Je tombe sans fin dans l’éclat d’un soupir

Là où rien ne commence et ne peut s’écrire

Le vide me parle en échos sans nom

« Toi qui cherches la fin, tu n’es qu’un frisson. »

Peut-être suis-je le rêve que la Mort espère

Un instant suspendu dans sa nuit primaire

Peut-être est-elle en moi, la douce imposture

Qui dort et me rêve dans sa propre obscur

Je marche sans pas sur la rive du vent

Où tout s’efface lentement

Le ciel se plie comme un drap de cendre

Et mes pensées cessent de descendre

L’univers respire à travers ma peau

Comme un grand silence au fond des eaux

Chaque étoile me parle, et son feu murmure

« Rien n’est réel, pas même l’azur. »

Je vois la Mort vêtue de lumière

Sa main caresse mon cœur de pierre

Elle dit : « Ne crains plus la fin des nuits

Car c’est ton rêve qui m’a construite, lui. »

Alors j’entends l’écho des mondes enfuis

Les anges tombés, les âmes enfouies

Je comprends soudain, dans l’immense torpeur

La Mort et le Rêve ont le même cœur

Et quand l’aube s’éteint dans mes yeux d’opale

Je deviens le souffle, je deviens l’égal

Du vide qui pense, du néant qui dort

Car je suis le Rêve, et je suis la Mort