Lettre de contemplation — une grâce douloureuse, où la mélancolie devient charme et l’admiration, destinée.
« j’aime d’avance ceux qui souffrent… »
Debora apparaît comme une présence rare :
non pas celle qui apaise…
mais celle qui révèle.
Ici, le désir ne brûle pas en spectacle.
Il s’attache en silence, il observe, il choisit, il s’installe.
Et lorsque l’âme comprend qu’elle admire trop,
elle cherche déjà comment assumer ce crime sans nom :
vouloir posséder ce qui semble appartenir au ciel.
Quand tu m’es apparue, ce fut avec cette grâce qui environne tous les êtres dont l’infortune vient du cœur, j’aime d’avance ceux qui souffrent. Ainsi, pour moi tes mélancolies furent un charme, tes malheurs un attrait, et, du moment que tu as déployé les agréments de ton esprit, toutes mes pensées se sont involontairement rattachées aux désirs de t’avoir, j’ai soigneusement pris mon temps à te contempler délicatement et je pense bien vouloir continuer à le faire puisque te mirer de façon contemplative est pour moi un plaisir inouï, je tressais un désir de vouloir admirer l’autre mais toi sans le vouloir je t’ai acceptée, pour ne pas dire sans aucune volonté de désir j’ai su t’apprécier, j’ai su me laisser aller vers toi et sans me retenir laisser une partie de toi me pénétrer, traverser certains miroirs de mes ombres et aussi franchir la porte de l’autel des Foux-Damné. C’est pas ce que tu reflètes qui environne mon âme c’est plutôt ce qui émane de ton aura intérieure qui enceint mon coeur, y a cette liberté dans tes pensées, cette rage et cette folie dans ton esprit d’une façon exceptionnelle qui t’enjolive me permet sans effort à te distinguer des autres, pour ceux point te féliciter je cesserai.
Dire qu’il y a très peu de temps Yvane se faisait sage en essayant d’interdire aux Ténèbres de s’enflammer, et voilà mon admiration est un Enfant têtu, l’imposer à ne pas faire quelque chose c’est le forcer à le faire et puis, de quel crime pourra-t-on m’inculper si je vole à l’arc-en-ciel la voile de l’horizon?
Cependant, je t’aurais mentie humblement si je te disais que je t’aime, je conviens que la dernière chose à laquelle je ressemble, c’est un amoureux, je n’en ai ni le ton, ni les manières, je n’ai ni grâces, ni hardiesses, rien d’agressif ; en un mot, je suis comme ces jeunes filles qui paraissent gauches, sottes, timides, douces, et qui cachent sous ce voile un feu, qui, une fois qu’il aura franchi les cendres qui le couvrent, dévorera la maison et le foyer et tout! Malgré tout, Léthé n’a rien à se reprocher si t’arrêtes de poindre dans les souvenirs d’Oghma, c’est pas une evidence si après avoir volé Le Coeur de l’océan le froid habite Auril. Aucune peine je n’ai à dire qu’à petite flamme tu m’embrases le Spiritus et en revanche moi coquinement je te désire froidement, de plus, je n’ai qu’envie de dévêtir gracieusement…
Ah ! rassure-toi, madame, j’ai fait de tout mon mieux pour être très laconique, pour ne pas dire trop pour trop dire, un effort incommensurable pour éviter un halo de poésie à cette lettre et aussi je l’ai écrite au moins trois fois et je nettoie jusqu’aux os les rhétoriques qui la parfumaient malicieusement. Je te jure que ce qui dicte cette lettre est des sentiments les plus purs que le cœur d’un être de vingt ans ait jamais enfantés.