La transfiguration — consentir sans se perdre
Ce chant n’achève rien par rupture.
Il transforme sans bruit.
Ici, le feu devient demeure.
« Le feu n’a pas cessé d’être feu.
Il a cessé de vouloir paraître. »
Ce qui brûlait a changé de nature
sans éclat sans rupture apparente
Le feu n’a pas perdu sa mesure
il s’est fait présence constante
Je n’ai plus parlé de retenue
comme d’un effort à maintenir
Elle s’est posée devenue
une manière simple de tenir
Le désir n’exigeait plus de forme
ni détour ni justification
Il s’est inscrit dans la norme
d’une calme disposition
Ce qui jadis pressait le pas
s’est accordé à la durée
L’élan n’appelait plus l’au-delà
il habitait ce qui était
Ainsi s’est faite la métamorphose :
non par renoncement
mais par cette lente chose
qu’on nomme consentement
Non celui qui cède ou s’incline
mais celui qui reconnaît enfin
la juste place de ce qui domine
sans écraser ce qui soutient
Le feu n’a pas cessé d’être feu
Il a cessé de vouloir paraître
Et dans cette clarté sans aveu
l’âme a trouvé sa manière d’être